Revue écrite par
SANDRO IOVINE,
Directeur de publication de FPmag
Dans les photographies de Ridha on peut trouver de nombreuses influences. J'aime particulièrement l'atmosphère que ces images véhiculent. À certains égards, il me rappelle celle qu'on peut retrouver dans un livre de Patrick Zachmann (L'oeil d'un long nez) publié il y a une quinzaine d’années. Patrick, à son tour, a été inspiré par le cinéma chinois des années ’20-’30. Tout cela pour dire que dans les photographies de Ridha on peut avertir, puissante, l’influence de son maître.
Quand on regarde ces photos, on a le sentiment que le temps s'est arrêté de couler. Les photographies nous plongent dans un âge difficile à définir: en quelle année sommes-nous? 1920 ou 2014? Seulement une analyse minutieuse aux détails nous permet de définir que ces photos ont été prises récemment. Nous sommes entre la poésie e la documentation, mais il n'y a pas de poésie tout à fait, il n’y a pas vraie documentation.
Mais ce n'est pas trop important parce que ces photos n'ont pas été prises en vue de la documentation. Le temps d'un workshop ne le permet pas. Donc, la décision de maintenir l'accent sur l'atmosphère est donc sage. Pour aller plus loin, vous devez d'abord avoir plus de temps disponible. Avec plus de temps, il est possible “entrer” dans des situations, connaître les lieux et se rapprocher de ce qui se passe. Dans les photographies de Ridha en fait, si quelque chose manque, c'est le contact avec la “vraie vie” du Red Light District.
L'atmosphère est bien rendu dans les images, mais on a le sentiment de regarder la scène par une fenêtre: on peut tout voir, mais rien toucher. Sans doute le temps disponible était courte et le sujet n'était pas facile.
Le résultat peut donc être considéré comme bon. Les conseils pour l'avenir est d'essayer de se familiariser avec les lieux et les gens se permettent plus de temps. Faire ça vous permettra d'obtenir des images beaucoup plus fortes. Chacun peut raconter mieux (beaucoup mieux) ce que il connaît bien, ce qui lui est familier. Donc, vous devez prendre votre temps, ne soyez pas pressé, allez sur les lieux, parlez aux gens. Seulement après que vous avez fait tout ça, vous pourriez vraiment raconter un lieu. L'atmosphère est très importante, mais elle ne suffit pas.
C'est la base pour commencer à décrire quelque chose, mais il doit y avoir une histoire dans laquelle les personnages agissent. Qu'est ce qu'il passe dans le Red Light District? Qu'est ce qu'il font ici les hommes et les femmes? Attention: ce n'est pas (… et ne veut pas être) une invitation à prendre des photos brutes. Il est au contraire un encouragement à se plonger dans les questions Ridha Setyawan abordées afin d'obtenir un tableau complet.
Le photographe doit montrer quelque chose que les autres ne voient pas, c'est sa tâche. Je me souviens des mots de Eduardo Manet, qui écrivait dans la préface de Extérieur Nuit de Jane Evelyn Atwood: «Toujours une histoire d’enfermement et de frontière, de gens à part et, à chaque fois, la photographe s’immerge dans son sujet, s’y engage corps et âme, à ses risques et périls avec un désir de témoigner ou de changer certaines idées reçues sur ces mondes clos et les drames qu’elle rencontre en révélant à la fois la beauté et la cruauté, la mélancolie et l’ambiguïté».
Cela signifie qu’il n'y a pas seulement la nécessité de se rapprocher au sujet, mais ègalement il faut créer un’empathie avec lui. Il faut avoir donc un regard profonde, proche et empathique.
Un dernier conseil, avant de conclure, est d'étudier le travail sur la prostitution de Jane Evelyn Atwood, qui peut être vu sur le web à cette adresse ICI .
Quand elle n'était que une jeune photographe, toutes les nuits, après son travail à La Poste, pour un an elle se rendait au quartier des Halles, à Paris. Un an pour gagner la confiance des prostituées, l'amitié de quelque femme.
De cette façon, elle a obtenu de nous montrer une vision intime de la vie de ces prostituées. Sans doute il faut avoir le temps pour faire quelque chose comme ça, mais je crois que, dans l’avenir, cela vaut la peine d’essayer.










