Revue écrite par
CLAUDINE DOURY,
Photographe, Member de l'Agence Vu' et de la galerie In Camera
Je vous remercie de m’avoir choisie pour votre revue de portfolio.
J’ai regardé les 16 photographies que vous avez faites à l’occasion du stage avec Michaël Ackermann et qui ont été sélectionnées.
Véronique Sutra m’a dit que, parallèlement à cette série vous travailliez sur une famille dont les parents sont handicapés.
Je trouve intéressant le fait de travailler en même temps sur deux séries qui vous touchent, et bien que différentes, qui sont proches et peuvent entrer en résonnance.
Je pense que travailler sur soi n’est pas le plus facile et je trouve votre démarche courageuse.
La photographie permet de « naviguer » entre imaginaire et réalité, et ce travail donne accès à celui qui le regarde à une vision intérieure. Un état mental.
Une perception de ce que l’on donne à voir aussi bien que ce que l’on ressent intérieurement. Et c’est là que réside la force de ce travail.
En vous photographiant dans un univers clos, vous soulignez le confinement que vous impose physiquement votre corps et où bute parfois votre mental (image 15 : l’enfermement).
Personnellement, j’aime les prises de vues que vous avez faites dans votre chambre (et salle de bain) et celles, en parallèle faites en extérieur qui sont comme altérées par un élément ( photo 1 et photo 6).
Le huis clos d’un côté et la vision onirique de l’autre que représente l’extérieur.
Ainsi, aussi bien la photo 1 que la photo 6 semblent être des images rêvées, irréelles.
Qu’il s’agisse de votre visage en reflet ou d’un pied de statue mais qui pourrait être le vôtre.
Voilà des idées fortes.
Les photos en intérieur que j’aime sont les photos 2, 3, 8, 9, 11, 13, 14, 15 et 16.
La photo 2 pourrait être celle qui ouvre la série, elle exprime l’inquiétude face à quelque chose qui est hors champ. Elle pourrait être suivie par la photo 1 qui est une vision onirique. Elle agit en miroir, entre rêve et réalité. La photo 3, autoportrait face au miroir de la salle de bain agit comme un réveil douloureux, un retour à la réalité.
La photo 6, le pied de la statue, par son angle de prise de vue et par la stigmate qu’il porte, identique à la photo 1, exprime la même irruption du monde onirique, rappel de la blessure.
La photo 8 marque une rupture, par l’emploi de la couleur et par la représentation du corps qui se détourne de l’objectif.
Il agit comme un contre-pied de la photo 3.
Ne plus se voir, pour ne plus voir !
La photo 9 est au contraire empreinte de douceur (de résignation ?).
C’est l’une de mes photos préférées. La photo 11 marque une ouverture au monde. Le personnage laisse entrer la lumière et se tourne vers l’extérieur (vers les autres ?)
La photo 13 est, à mes yeux, comme un ballet. Un désir d’attraper la lumière.
Les photos 11 et 13 représentent l’espoir. Les photos qui suivent, la 14 et la 15 annihilent alors toute espérance. La photo 14 par le choix de la couleur également (monochrome jaune) fait disparaitre le personnage qui semble couler littéralement.
La photo 15 où le personnage est recouvert d’un imperméable plastique transparent exprime la suffocation et semble dire « je suis enfermé dans mon propre corps ».
Enfin la photo n°16 est une photo que j’aime beaucoup car elle est ambiguë.
Le personnage allongé, rêveur semble apaisé mais peut-être aussi méditatif et il renvoie au début de la série dans un cycle qui semble sans fin.
Toutes ces photos expriment différents sentiments et l’espace clos dans lesquelles elles sont prises renforce le face à face avec soi-même.
J’aime par contre moins les photos 4, 5, 7, 10 et 12.
La photo 4 parce qu’elle est différente. Elle sort du huis clos et évoque autre chose, le handicap face à la cité.
La photo 5 car l’association avec l’affiche et l’eau est juste une idée, et sort de l’ensemble où le corps est confronté à l’espace.
La photo 10 pour la même raison. Les photographies qui recouvrent le corps et qui, j’imagine font partie de son monde sont une idée, pas une confrontation physique et ne permettent pas, à celui qui les regarde de la partager.
J’enlèverais la photo 7 car elle doublonne la photo 2, et elle est trop proche de la photo 9 qui est une des plus fortes de la série.
La photo 12 est intéressante car c’est la seule où un personnage extérieur intervient et rompt l’isolement du personnage central.
Il rompt peut-être aussi la force de ce huis clos forcé, ou alors c’est peut-être de voir le visage de l’autre qui me dérange.
Le fantasme ou souvenir du toucher par l’autre serait plus onirique sans visage et renforcerait le sentiment (ou la sensation) du personnage principal.
A part ces quelques photos, je trouve que votre travail est fort, et, en resserrant son éditing, vous réussissez une série puissante autour de l’affirmation de soi face à un corps qui résiste.


















