Laura Felten

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Laura Felten

Apprendre à voir

de Laura Felten (Allemagne)

The series was made in a acrobatic school in Paris. Nevertheless the series is not about dancing but more a study of embodiment and its connection to emotions. As a psychologist I was very interested in the strength of the physical and emotional bond. Furthermore I wanted the soft touch of painting to the pictures.


Portfolio du workshop Apprendre à voir avec Chris Morris, Novembre 2014.

Revue écrite par CORINE HAMEL,
Responsable service photo à Marie Claire, France

Bonjour Laura,

Et merci de m’avoir retenue pour la lecture de votre portfolio réalisé à l’occasion du workshop avec Chris Morris.

Véronique m’avait dit que vous aviez précédemment suivi un workshop avec Todd Hido. J’ai donc regardé avec intérêt votre précédent travail, visionner votre interview avant et après le workshop avec Chris. J’ai appris que votre pratique photographique était relativement récente.

En tout cas votre pratique de la photographie avec personnages.
 Première surprise car la série de photos que vous avez réalisées à l’Ecole du Mime ne laisse en rien deviner qu’il s’agit pour vous d’une pratique récente.

Ce qui m’a frappé au premier coup d’oeil, c’est l’énergie qui se dégage de la série. L’énergie que vous avez su capter, la tension des corps. Et aussi votre propre énergie, celle avec laquelle vous vous impliquée dans les prises de vue, vous êtes là, au raz du sol, au plus proche de vos personnages, à la recherche du tempo, du rythme, totalement immergée, partie prenante des scènes qui se déroulent devant vous mais suffisamment en maitrise pour déclencher au bon moment.

Le choix de vos cadrages, leur rythme, renforcent cette volonté à nous rendre accessible l’intensité de l’expression corporelle des personnages, tantôt au plus près, focus sur le détail de deux mains qui s’empoignent, sur des lèvres entrouvertes, une étreinte, parfois légèrement en recul, pour reprendre du souffle. On oublie quasiment qu’il s’agit d’images fixes, de séquences indépendantes les unes des autres.

C’est un point fort que d’être en mesure de s’immerger de cette façon là. « Faire l’éponge » comme on dit pour retranscrire ce que vous avez vu et ressenti, le digérer et construire votre propre narration visuelle sans trahir votre sujet.
Vous faite preuve d’une grande sensibilité. Le choix du noir&blanc ne peut qu’appuyer votre réthorique visuelle, ça n’est jamais laborieux ou poussif, on ne sent jamais la photographe derrière l’objectif.

Dans l’editing présenté il est particulièrement intéressant de constater qu’il y a différents niveaux de lecture donc différents points d’entrée dans la narration : chaque photo est porteuse de sens et peut se lire individuellement mais parfois aussi en diptyque ou triptyque et finalement comme partie intégrante d’un tout.
J’y vois une unité de regard qui vient lié l’ensemble du reportage au delà de l’unité formel du noir et blanc.

La première photo est une pietà expressionniste, l’image est floue je me demandais si c’était intentionnel, certainement oui puisque vous parlez dans votre texte de la touche du pinceau sur une toile. Ce flou participe à l’étrangeté de ce portrait.
Cette femme fait directement écho à la photo suivante - un dytique ?- avec un homme à terre, dans une posture d’abandon. Ces deux photos choisies pour l’ouverture sont une véritable clef d’entrée dans votre reportage : il va être question de corps et d’émotions, pas de performance physique.
Vous l’affirmez dans votre texte d’introduction et vous en donnez d’entrée de jeu la preuve par l’image.

Les 3 photos suivantes forment une séquence en triptyque. La lumière y est diffuse. Vous vous servez de la source lumineuse des baies vitrées, toujours à droite de l’image, pour dessiner les contours de votre personnage et le mettre sous tension.
Le choix du cadrage de la photo suivante (l ‘étreinte de deux femmes) met l’accent sur le geste de soutien de l’une vers l’autre.
Cette image et la suivante sont les moins fortes de la série selon moi, elles sont plus factuelles.

Si je compare la première photo du couple de femmes avec la seconde présentée dans l’éditing, cette dernière est beaucoup plus intéressante : les deux masses, l’une noire, l’autre blanche, du visage et du chignon , la main en tension au premier plan, traduisent plus intensément la compassion et l’empathie.

Je trouve malin l’introduction des gros plans sur les détails d’un visage. Dans la construction de votre reportage telle que vous l’avez imaginé et mis en scène on n’a pas besoin de regards pour traduire l’émotion.

On termine sur une photo au cadrage atypique - aucune extrémité dans ce corps - un simple tee-shirt qui s’envole avec le saut de la personne - un léger sourire qui barre l’extrémité supérieure du cadre - des mains qui sortent du cadre.

Le reportage aurait pu dégager de la mélancolie mais le choix de cette image de clôture vient contredire cette impression. C’est la note joyeuse qui clôt la représentation, le salut de l’artiste.

Apprendre à voir et créer son langage visuel à partir de sa perception intime d’un sujet : vous avez parfaitement mis en application l’enseignement de ce workshop. Vous avez « fait l’éponge « :) avec talent. Bravo.
Je vous souhaite de continuer dans la photographie et plus largement dans l’image. Vous y avez une place à prendre.[/showhide]


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