Le jour de la prise de vue, je pensais me diriger vers les gens assis sur les bancs publics et puis je suis « tombée » sur « Daisy », allongée, assoupie par terre, à même le sol. J’ai abandonné les bancs, prise par cette rencontre et le désir de saisir quelque chose de la vie de cette femme et puis d’autres qui comme elle vivent à la rue.
Je ne suis pas une photographe professionnelle, je ne sais même pas vraiment utiliser un appareil photo, mon intérêt pour la photographie est récent, très récent… mais suffisant pour partir à Barcelone in extremis participer à ce workshop ! La photographie est pour moi un moyen de forcer la rencontre, d’aller chercher à comprendre d’avantage, de m’extirper d’un quotidien qui pourrait vite me sembler trop « confortable ».
Portfolio du workshop Photographie Narrative avec J-E Atwood, Octobre 2012.
Revue écrite par
MARTINE RAVACHE
Iconographe indépendante, France
La photo est un art difficile, vous avez dû vous en rendre compte. Vous répétez une même image – des sdf endormis à même le sol, en « chien » de fusil dans des locaux comparativement luxueux ou dans la rue – vous répétez cette même image à la façon d’une mouche qui se heurterait à la fenêtre sans vraiment trouver la sortie, c’est normal, c’est une image faussement simple et réellement très compliquée. C’est une image impossible, une idée plus qu’une image. Tout est difficile, la couleur, les corps qui ne se donnent pas, une réalité introuvable. La preuve lorsque vous vous intéressez à Daisy, tout change et devient plus facile.
D’autant que vous proposez à la suite un autre portrait d’une autre femme – une femme noire, c’est votre meilleure photo pour moi, vous êtes à la bonne distance, les couleurs fonctionnent et l’attitude de la femme est très belle, très vraie et intériorisée - On se dit alors que vous tenez une véritable approche photographique. J’ai envie de vous demander : pourquoi n’avez-vous pas continué sur ce type d’approche ? Des femmes dans la rue, c’est un sujet très fort, une réalité douloureuse, qui vous tient à cœur et émeut tout le monde. Vous avez une telle empathie que vous n’avez aucun problème à faire des photos fortes, vous avez d’un seul coup oublié que vous n’étiez pas photographe professionnelle, ce sont deux vrais portraits qui se succèdent, il faut continuer, vous avez un sujet fort, l’humanité qu’il faut pour le faire et l’envie de donner quelque chose à ces femmes.
Toutefois avant de continuer, il vous faut réfléchir au medium et à la pratique photographique. Aiguiser votre œil, former votre œil et acquérir quelques bases et indispensables rudiments en matière de prises de vues. Le cadrage? Le cadrage est une réalité photographique qu’il faut apprendre à maîtriser, vous ne pouvez couper les portraits de façon aléatoire (couper les cheveux, les pieds, les bras…) ou avant de le faire, il vous faudrait apprendre à faire, d’abord et avant tout , une photo simplement correcte. La distance? Pour s’approcher à ce point du personnage de Daisy, il faudrait justifier d’une approche aussi impudique, faites vous une recherche sur la peau ? Sur d’autres détails ? Sinon pourquoi franchir les limites de l’intimité (à moins que cela ne se réfère à une « tendance » très contemporaine ? ).
En résumé, ce n’est pas parce - que vous êtes très près de votre modèle, que vous en êtes proche. Encore une fois, vous êtes par contre à bonne distance de la femme noire (son nom ?). La visée, le point ? Je reviens sur la photo « impossible « du début, de l’homme allongé que vous photographiez à plusieurs reprises. D’un point de vue strictement photographique, en photographiant derrière une vitre vous prenez le risque (non contrôlé) de brouiller les pistes. La preuve c’est qu’en faisant le point sur le premier plan, le sujet principal de votre photo devient la publicité peinte sur la vitrine, le moins qu’on puisse dire c’est que du coup, la dénonciation passe au deuxième plan et qu’il nous est impossible, à nous spectateur, de rentrer dans l’image et même d’y trouver un intérêt. La couleur ? Elle est crue, violente dans les intérieurs, crue sur les personnages, il faudrait travailler sur cet aspect des choses, rechercher une harmonie des couleurs entre elles, malgré tout. Le sujet ? Introuvable dans la photo de rue trop sombre.
En un mot, ce n’est parce - qu’il s’agit d’une réalité sociale insupportable et douloureuse, que vos photos ne doivent pas être soumises aux règles de la photographie et de la représentation en général. J’espère que vous ne m’en voudrez pas de toutes ces critiques mais je suis intimement persuadée que le travail n’est rien lorsque l’enthousiasme l’accompagne.










